Hérouvillette au début du siècle


Au début du siècle, Hérouvillette compte 422 habitants. La majeure partie des hommes est constituée par des jardiniers, des journaliers, des maçons, des tailleurs de pierre. Vers 1900, une femme sur trois est dentellière (dentelle aux fuseaux ou “bloquets”). Certaines font de la dentelle de cheveux pour la confection de perruques. Les autres femmes fabriquent des perles de verre, crochètent du fil pour orner des galons. Ces métiers féminins ont, disparu pendant la première guerre mondiale, Les Femmes devant assurer le travail des hommes mobilisés. Dès 1910 elles s’adonnent a une activités nouvelle: la confection de rideaux, dessus de lit, napperons en filet.

Les artisans sont nombreux à Hérouvillette; un bourrelier, un cordonnier, un rempailleur de chaises, deux charrons, un forgeron, un tailleur, un entrepreneur de maçonnerie. Huit commerçants ouvrent boutique dans le village: deux épiceries (l’une à l’angle de la route de Cabourg et de la rue de La Libération, existait déjà en 1880, l’épicerie actuelle est beaucoup plus ancienne), une boulangerie (toujours au même endroits), une marchande de vaisselle qui allait de foire en foire, deux forains (manège de chevaux de bois), une grande mercerie bonneterie très bien a achalandée (“on pouvait y entrer tout nu et en ressortir habillé des pieds à la tête”. Les chemises d’hommes entièrement cousues à la main sont faites par les femmes du village), un hôtel et un restaurant. Ce dernier se situe à l’angle de la route d’Escoville et de la route de Caen avec comme spécialité : Les tripes. Tous les dimanches matins, le restaurateur, Monsieur LE MARQUIS, la marmite de tripes dans sa brouette, circule dans les rues du village. Les hommes vont les déguster sur place et y retrouvent les scieurs de long, venus d’Escoville.

On compte deux grandes fermes et trois de moindre importance. Le bureau de poste, situé rue de la Libération a été construit en 1908. Hérouvillette possède deux écoles; l’une de filles, l’autre de garçons. La commune a son percepteur. Une sage-femme réside dans la commune.

A SAINTE-HONORINE, on compte trois grandes fermes et une plus petite, un maréchal-ferrant, une épiceries qui est toujours jours à la même place.

Le pays; se suffit à lui-même, heureusement car on se déplace peu. La route actuelle fut construite entre 1815 et 1830 elle fut élargie en coupant une partie du cimetière.

Dès sa construction, elle devint l’une des lignes vicinales les plus fréquentées (déjà!!). Les routiers y circulent sans cesse transportant dans leurs chariots, des “galets de bruyère” utilisés pour la construction des routes.

Au début du siècle, une diligence venant de Bavent, prend des voyageurs en direction de Caen. On trouve aussi parfois des occasions, on va dans la carriole de Monsieur RIVIERE, tirée par “Printemps”. Fréquemment le trajet aller et retour se fait à pied. On peut aussi aller à Bénouville (toujours à pieds) et prendre le petit train (le Décauville).

Dans bien des foyers, c’est la misère. “On n’est pas riche”. Cette phrase revient comme un leitmotiv dans la bouche des anciens. Les familles de huit, dix, onze enfants ne sont pas rares. Seul le père travaille et gagne peu. Les mères occupées toute la journée par leurs enfants et les travaux ménagers veillent fréquemment des nuits entières à faire de la dentelle, du crochet, de la couture pour gagner seulement quelques sous. Quand il n’y a plus d’argent, on envoie les enfants demander un acompte chez le patron qui n’est pas toujours d’accord.

Après la moisson, les enfants glanent dans les champs, vendent, le grain et avec l’argent, on leur achète des sabots et un tablier pour la rentrée. La commune alloue parfois des secours aux plus miséreux. Leurs enfants sont nourris gratuitement à la cantine de l’école. “On y mange de la bonne soupe”.

Les personnes riches pratiquent une charité parfois ostentatoire. Elles donnent du pain, de la viande, mais “elles aiment bien que cela se sache”.

Avec si peu d’argent, comment se nourrit-on ?

On mange de la soupe, beaucoup de haricots, le pot au feu le dimanche, parfois un lapin. Chez les plus miséreux, un cervelas ou un hareng saur partagé entre quatre ou cinq personnes constitue le repas du midi, avec beaucoup de pain.

C’est certainement cette misère profonde qui pousse les hommes à frauder et à braconner. La misère bien sûr, mais aussi le goût du risque, le plaisir de tromper les commis de régie et les gendarmes. La contrebande d’eau-de-vie est très fréquente. Les hommes fabriquent de la poudre et des allumettes de fraude. Le braconnage est très répandu. On attrape les alouettes au filet, les lapins au furet ou au collet. Pour capturer les cailles vivantes, les “chasseurs” confectionnent un “carcaillet” avec un os creux de mouton, un morceau de cuir fin, du crin de cheval. En tapant sur cet instrument, le cri de la caille est reconstitué; les mâles accourent, il n‘y a plus qu’à les ramasser. Le gibier est vendu aux restaurants de Caen.

Quelques fêtes viennent au cours de l’année, apporter un peu de gaieté. On ne fête pas Noël comme aujourd’hui. Pas de réveillon, pas de repas (“on n’a pas d’argent”) Les enfants trouvent un petit sucre de pomme dans leur sabot, souvent ils n’ont rien. Le Maire, à cette occasion offre un petit jouet à tous les gamins, l’Adjoint une orange et deux sous (“comme nous étions contents avec cela”).

A Mardi-gras, on se déguise après l’école, on suit des hommes travestis qui viennent de Bavent, ils ont de beaux costumes; les hommes d’Hérouvillette “s’habillent” aussi. On va de maison en maison, quêter des beignets, puis on brûle Mardi-gras sur la place située prés de la boucherie et de la boulangerie. Ce jour là, on se régale; de la viande, des crêpes, des beignets. Le lendemain, commence le carême. On ne mange que du maigre pendant quarante jours. Le jour de l’Ascension, c’est la fête des maçons. Leur patron leur offres un repas.

Mais, la plus belle des réjouissances, c’est La “fête du Pays”. On la célèbre le dimanche le plus proche du 8 septembre, fête de la Nativité. “On n’est pas riche, mais pour cette journée là, on aurait tout fait”.

La veille, les femmes emportent sur leur brouette les bourdelots, les galettes sablées, les plats de terrinée au four du boulanger. La fête, commence par une grand messe chantée par trois chantres du pays, suivie par une distribution de pain béni. L’après-midi, il y a des jeux pour les gamins, parfois un manège de chevaux de bois et on danse dans la cour de l’école, aux flons-flons de l’orchestre de quatre musiciens de la commune “comme on était heureux cette journée là!!”.

Le pays a bien changé en quatre vingt ans, la vie aussi.

Après avoir lu ces lignes, puissiez vous dire « Comme nous sommes heureux maintenant ”.

Après la première guerre mondiale la vie change dans la commune, nombreux sont les hommes qui vont travailler à la SMN : le plus souvent ils allaient à pieds, ils partaient a 4 heures 30. Pendant soixante seize ans la vie du pays fut rythmée par celle de «l’usine» : le hurlement des sirènes, le ronflement des souffleries, l’embrasement du ciel lors des coulées.


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