La Chapelle de Ste Honorine


Le nom d’Hérouvillette apparaît pour la première fois dans une charte de l’année 1130 par laquelle Jourdan de Seez et Luce son épouse, donnent à l’abbaye d’Aulnay l’église d’Hérouvillette avec ce qu’ils possédaient de la dîme de Ranvitle.

Au Xlle siècle, le hameau de Ste Honorine n’était pas encore annexé à la paroisse d’Hérouvillette. C’était une simple chapelle dépendante de l’Eglise St Ouen de Bures, dont le patronage appartenait à l’abbaye de Troarn. Il résulte en effet d’un extrait du chartrier de ce monastère que Roger de Montgommeri dont les ancêtres (Roger II de Montgommeri, Vicomte d’Exmes, conseiller et fidèle de Guillaume le Conquérant) avaient fondé l’abbaye de Troarn de 1050 à 1059 lui donna en 1234 l’église de St Ouen de Bures avec la chapelle de Ste Honorine. Plus tard, les moines de Troarn cédèrent à ceux d’Aulnay la chapelle de Ste Honorine au XlVe siècle moyennant une rente. C’est à la suite de cette cession que le hameau de Ste Honorine est devenu une annexe de la paroisse d’ Hérouvillette.

L’abbaye d’Aulnay qui percevait la dîme était obligée de pourvoir aux fonctions sacerdotales. Elle nommait à l’Eglise d’Hérouvillette un curé à portion congrue, auquel elle donnait 300 F par an. Elle entretenait un vicaire à Ste Honorine et lui payait 150 F par an. Mais une contestation sérieuse s’éleva au commencement du XVIIe siècle entre M. Bonvoisin alors curé d’Hérouvillette et les habitants de Ste Honorine relative à l’administration des sacrements. Ils disaient dans une requête présentée à l’official (1) de Caen qu’en vertu de titres qu’ils ne peuvent représenter, attendu qu’ils avaient été perdus ou soustraits, tant à cause des guerres qui avaient eu lieu que de la maladie de contagion dont ledit hameau avait été plusieurs fois affligé. Que cela avait été aussi réglé par une sentence rendue le 27 Février 1589 à l’encontre de M. Pierre Delabarre d’abord vicaire de Ste Honorine puis curé d’Hérouvillette, c’est pourquoi ils demandèrent qu’aux prochaines fêtes de Pâques, ils soient autorisés à avoir un prêtre capable et ayant pouvoir de leur administrer les sacrements.

Ils demandèrent au besoin à faire publier des monitoires (2) pour arriver à la démonstration de leurs titres et sentence qui leur avaient été malicieusement soustraits. Cette requête est curieuse à plus d’un titre. Elle prouve en effet que les guerres de religion avaient continué à dévaster nos contrées après l’année 1589. Pour avoir une idée des dégâts subis par les édifices religieux au cours de ces guerres civiles, il faut se reporter à ce qu’écrit le Sieur de Bras (3) relativement au saccage de l’abbaye de Troarn, alors riche et prospère « Ce fut surtout en 1562 et 1563 que l’abbaye subit les pires dommages. Les protestants entreprirent dans toute la Normandie une campagne de ruines et de pillages aux dépens des églises et des monastères. « le vendredy, la nuit — dit le Sieur de Bras — et le samedy ensuyvant, tout le jour, huit et neufiesme jours de May, mil cinq cent soixante et deux, tous les temples, églises et monastères de Caen furent pillez et saccagez et tous les ornements des églises qui y furent trouvez, pillez…, les chaires, coffres, livres et tout ce qui estait combustible fut consumé par le feu, et fut fait si grands dommages, sans aucun profit qu’on en estimait la perte à plus de cent mille écus ».

Quelques jours après, les religionnaires se dirigèrent sur Troarn, et un matin, vers neuf heures on vit arriver une troupe d’hommes armés d’épées, d’arquebuses, de pistolets « et autres bastons de guerre » munis de pioches, de marteaux et de haches. Ils vinrent droit à l’église abbatiale et « de prime face, rompirent et brisèrent toutes les images et vitres d’icelle ».

Le jubé, des crucifix, des statues furent brisés et les débris jetés avec les livres liturgiques, les ornements, les chaires et autres meubles de l’église, dans un grand feu allumé au milieu de la nef. Ils brûlèrent les registres et des titres d’aveux et de fieffes.

Les gens venus de Caen se partagèrent l’or et l’argent et les gemmes des reliquaires, les hardes, le linge. A peine les protestants de Caen avaient-ils quitté le monastère, emportant un riche butin, que ceux de Ranville arrivèrent au soir, tambour battant au nombre de 100 à 120 hommes, conduits par les sieurs de Neufville et de Ranville. Ils venaient s’assurer si « l’église de Caen avait bien fait son delboir ». Le pillage recommença. « Les quelques meubles demeurés dans l’église, les images, jusques aux écussons des cheminées, le pulpitre, les clostures des chapelles », tout fut brisé ou brûlé.

L’on brûla notamment « soixante ou quatre vingt grands livres de théologie, escrit à la main en parchemin, tous dorez et azurés ». Bref, ceux de Ranville firent « encore plus grands dommaiges que ceulx de Caen ».

Après cette longue parenthèse, revenons à la chapelle de Ste Honorine.

Cette date de 1589 nous prouve non seulement que la chapelle eut à souffrir à cette époque des guerres de religion mais fixe vers la fin du XVIIe siècle l’époque de ces maladies contagieuses assez effrayantes pour justifier l’oubli ou l’abandon des titres. Elle témoigne d’une procédure extraordinaire par voie de monitoires. L’Official rendit le 14 Mars 1633 une sentence favorable au curé d’Hérouvillette.

Les habitants de Ste Honorine en appelèrent à l’Official de Rouen qui statua le 16 Juin 1635. L’affaire fut enfin portée au parlement de Normandie qui n’avait pas encore rendu son arrêt 66 ans plus tard lorsque dans un synode épiscopal tenu par Mr de Nesmond, évêque de Bayeux, il fut ordonné le 5 Mai 1707 que l’office divin serait célébré dans la succursale de Ste Honorine par le curé ou son vicaire, les dimanches et fêtes ; que l’on y dirait les vêpres, que l’on y ferait le catéchisme, que le Sacrement y serait conservé pour pouvoir le porter aux malades et que le vicaire résiderait dans le hameau. L’arrêt du parlement fut enfin rendu le 27 Janvier 1708 ; il ne fit en quelque sorte que s’approprier les dispositions du synode. Enfin, un règlement définitif intervenu le 17 Juillet 1711 entre le curé et les habitants de Ste Honorine vint clore cette longue querelle. Elle a duré 122 ans !! Il n’existe plus de traces de la chapelle primitive de Ste Honorine. Celle que nous connaissons aujourd’hui a été édifiée au XVIIIe siècle aux frais de M. Le Marquis François d’Angerville d’Auxcher.

Pendant la révolution de 1789, M. Jean-François Picard, deuxième maire d’Hérouvillette signala son zèle patriotique en faisant transporter à Caen les cloches de Ste Honorine.

La chapelle a beaucoup souffert en 1944 au moment du débarquement, elle a été restaurée en 1959.



 

Oeuvre du mettre-verrier Pelletier, les nouveaux vitraux de l'église au nom charmant « Sainte-Honorine-de-la-Chardonnerette »,à Herouvillette. L'un représente la Cène, l'autre le mariage de la Vierge.
Oeuvre du mettre-verrier Pelletier, les nouveaux vitraux de l’église au nom charmant « Sainte-Honorine-de-la-Chardonnerette »,à Herouvillette. L’un représente la Cène, l’autre le mariage de la Vierge.

 

EN 1959 une manifestation religieuse s’est déroulée au hameau de Sainte-Honorine, en Hérouvitlette. M. l’abbé Alix, fervent érudit et chercheur infatigables, a profité de la circonstance pour se pencher sur le passé de cette petite paroisse.

Les Honoriniens (Honorinienses) ainsi désignait-on au Moyen-Age les habitants du hameau de Ste Honorine la Chardonnerette, en Hérouvillette, ont tout dernièrement donné des preuves de leur existence et de leur vitalité. Ils ont érigé près de leur chapelle, une statue de la Sainte Vierge en reconnaissance de la protection toute spéciale qu’elle leur avait accordée au cours de la dernière guerre.

leur patronne, Sainte Honorine, vierge et martyre, est sur- tout connue par son culte très répandu en Normandie. Elle fut très honorée jadis dans- la région. Outre son petit sanc- tuaire. peut-être aussi ancien que lu diffusion du christia- nisme dans le pays, une chapelle lui avait été dédiée dans l’église de Cuverville et une statue lui avait été érigée dans l’église de Colombelles.

L’ancienneté de la chapelle est démontrée par la découverte de nombreux cercueils en pierre dans le cimetière qui l’entoure. Elle fut fondée dans un écart du vaste fief des Montgommern qui la donnèrent, avec l’église de Bures, à l’abbaye de Troarn. Ce fut d’abord une annexe de cette église, ainsi que le mentionne une ancienne charte de l’abbaye: « I,es Honoriniens sont inhumés dans ce lieu (Sainte-Honorine); l’administration des sacrements et les exercices du culte;’ sont faits par un prêtre, envoyé par l’église de Bures ».

Comme l’abbaye de Troarn s’occupait peu de cette chapelle au XIV  siècle, les moines d’Aulnay, propriétaires dans le voisinage, en revendiquèrent la possession et l’obtinrent.

L’édifice actuel remonte pour partie au XVIII’ siècle, ainsi qu’il est noté dans les archives- « En 1772, le marquis d’Angersille d’Auvrecher, seigneur du lieu, fait relever en entier le choeur de l’église et une partie de la nef fait bâtir une sacristie et donne une portion de terrain pour agrandir le cimetière ». Le clocher terminé en forme de dôme est de la même époque.

L’autel, de style Louis XIII, à colonnes torses, est surmonté d’une statue en pierre de Sainte-Honorine tenant en main la palme du martyr. Près de la porte d’entrée sont des fonts baptismaux en marbre de Vieux, donnés en 1769 par M. d’Angerville d’Auvrecher. Dans le mur sud est une inscription tumulaire, encadrée de quelques moulures. Là, repose Thomas du Val, bourgeois de Caen, mort le 1er Avri1 1662 et Madeleine Poulain, sa femme, morte le 15 Mai 1684. Au milieu du choeur se trouvent deux pierres tombales portant des inscriptions encadrées de pilastres; surmontés d’un fronton avec des armoiries, le tout gravé au trait. Elles abritent les corps. de Jean-Pierre Thomas Hue Chevalier, seigneur de Sainte-Honorine, décédé le 29 Décembre 1754 et de messire Louis-Augustin Dangerville Dauvrecher, fils de messire Louis-Jacques-François d’Angerville, seigneur du lieu, décédé à 20 ans, le 23 Novembre 1760.

Cette chapelle était desservie par un prêtre résidant et remplissant toutes les fonctions curiales; elle avait son cimetière, ses fonts baptismaux, ses registres et son trésor particulier. Le chapelain était ordinairement un membre du clergé d’Hérouvillette; nous y trouvons en 1677 Etienne Boulard, prêtre obitier de cette paroisse. En 1705, les habitants nomment pour le remplacer et tenir les petites écoles d’Hérouvillette, François Poisson, maître ès arts en l’Université de Caen.

Frédéric ALIX

 



(1) L’Official : juge ecclésiastique délégué autrefois par l’évêque pour exercer en son nom la juridiction contentieuse.

(2) Monitoire : lettre d’un juge ecclésiastique pour obliger ceux qui ont connaissance d’un fait à le révéler.

(3) Sieur de Bras : Charles de Bourgueville, sieur de Bras, le plus ancien des historiens caennais, qui était alors à Caen lieutenant particulier du baillé.

Sur une carte du Diocèse de Bayeux, publiée en 1736, on lit Ste Honorine la Charderonette. Sur une autre carte datant de 1760 le nom s’écrit Ste Honorine la Chardonnette.

D’après une monographie d’Hérouvillette de M. Ch. Gervais publiée en 1878 dans le bulletin de la société des antiquaires de Normandie et d’après une ,notice sur la paroisse de Troarn datant de 1913.




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