150 Ans d’école à Hérouvillette


La loi Guizot du 28 Juin 1833 impose la création d’une école primaire dans chaque commune. La première école d’Hérouvillette fut ouverte en 1836. Sans oser l’affirmer, je crois qu’elle devait être située au 38 de la route de Caen. La première « maison d’école » a été bâtie en 1845. Elle existe toujours, située rue des Enfants elle s’est appelée longtemps « petite école », aujourd’hui c’est « la salle du foyer ». A cette époque l’enseignement n’était ni gratuit, ni laïc, ni obligatoire. Une loi du 15 Mars 1850 imposait aux communes toutes les dépenses de l’enseignement primaire, même le salaire de l’instituteur.

Compte rendu de la séance du Conseil Municipal du 16 Février 1851.

Le Conseil après en avoir mûrement délibéré prend les décisions suivantes:

Il propose de fixer le taux de la rétribution scolaire pour 1852 à 1,25 par mois soit 13,75 par an. Il arrête le traitement fixe de l’instituteur pour la dite année à la somme de 200 F. Il examine ensuite si conformément à l’article 38 de la loi du 15 Mars il y a lieu d’allouer à l’instituteur un supplément de traitement afin d’élever son revenu au minimum de 600 F, à cet effet, il se fait représenter les rôles de la rétribution scolaire de 1851 lesquels s’élèvent, déduction faite de non valeurs à la somme de 363,75 F. Cette somme prise pour base de la rétribution scolaire de 1853 et ajoutée au montant du traitement ci-dessus donnant la somme totale de cinq cent soixante trois francs soixante quinze centimes. Le Conseil municipal alloue un supplément de traitement pour l’année 1853 à 36,25. Total : 600 F.

En 1866, l’instituteur assure pendant les soirées d’hiver des cours d’adultes. La commune rémunère l’instituteur des frais nécessités pour le chauffage et l’éclairage du dit cours d’adultes.

En 1874, une personne inconnue fait à la commune donation d’une école de filles dirigée par une religieuse. Ce projet restera sans suite, la position précaire des finances communales ne permet pas de faire face aux dépenses d’aménagement des locaux et à la rétribution d’un deuxième enseignant.

Un rapport en date du 24 Décembre 1875 établi par l’instituteur de l’époque M. Marescot, nous permet de savoir ce qu’était l’école à cette époque.

La commune comptant alors 469 habitants et 59 écoliers (37 garçons, 22 filles), 5 élèves venaient d’Escoville et Bavent. L’âge des enfants s’échelonnait de moins de 6 ans à 13 ans. On comptait 31 élèves payants et 23 gratuits et 5 forains. Parmi les enfants qui fréquentaient l’école un garçon mendiait. En 1875, 1 garçon a quitté l’école sachant seulement lire, 2 élèves sachant lire, écrire, compter. 5 élèves connaissant en outre l’orthographe et une plusieurs matières facultatives.3 enfants ont quitté l’école immédiatement après la première communion, 1 élève a obtenu le certificat d’études, un garçon et 2 filles de la commune ne sont pas scolarisées. L’enseignement « aux travaux de l’aiguille » était assuré par la femme de l’instituteur qui recevait une subvention communale annuelle de 100 F.

La salle de classe était celle de la rue des enfants, 63 m2, la classe étant mixte, un muret partageait la pièce en deux parties : d’un côté les filles, de l’autre les garçons. Pour l’époque, l’école paraît assez bien dotée en matériel (bancs, tables, tableaux noirs, tableaux de lecture, poêle, estrade, cloche).

L’école possédait un Christ, (mais pas d’image de la Sainte Vierge), une carte de France, du Calvados, d’Europe, de Palestine, une mappemonde, un tableau de système métrique. L’instituteur réclamait une horloge. L’école était pourvue de livres : catéchisme, histoire de France, géographie, lecture, syllabaires et tableaux, arithmétique. L’instituteur était titulaire du brevet élémentaire qu’il avait obtenu à 25 ans. Il savait en plus chanter et jouer de l’harmonium. Son traitement annuel s’élevait à 800 F. Il était secrétaire de mairie et gagnait 200 F par an. Les lois de 1881, 82, 83 rendant l’enseignement laïc, gratuit obligatoire, ne semblent pas avoir eu de répercussion dans la commune, pas plus du reste que la loi de 1905 ordonnant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans certaines communes cette dernière souleva de véritables polémiques.

En 1882, une lettre de M. l’Inspecteur demande le dédoublement de l’école mixte et la création d’un poste adjoint. Le Conseil après délibération s’oppose à cette création.

1er Juillet 1883 : « Vu la lettre de M. le Préfet relative .à la création d’un emploi d’adjoint.

Le Conseil s’opposant à la dite création, demande que l’instituteur ne reçoive plus les enfants avant d’avoir atteint leur sixième année ce qui réduira le chiffre des enfants à moins de cinquante. Délibération prise à la majorité de 4 voix contre deux ».

En 1834, pour se conformer à une loi de 1882, le Conseil Municipal vote les statuts de la « caisse des écoles ».

« Article 1er. Une caisse des écoles est instituée à Hérouvillette en exécution de la loi du 28 Mars 1882. Elle a pour but de faciliter la fréquentation des classes par des récompenses sous forme de livres utiles et de livrets de caisse d’épargne aux élèves les plus appliqués et par des secours aux élèves indigents ou peu aisés, soit en leur donnant les livres et fournitures de classe qu’ils ne pourraient se procurer soit en leur distribuant des vêtements et des chaussures et pendant l’hiver des aliments chauds ».

Le 30 Juillet 1883, le Préfet adresse une lettre au Maire d’Hérouvillette et le met en demeure de créer une école de filles et un poste d’adjointe. Cette école sera ouverte en 1884 dans une maison appartenant à un sieur Lecourtois, louée par la commune. C’est une classe provisoire puisque en Octobre 1884, le Conseil Municipal décide l’acquisition d’un terrain à l’entrée du village au prix de 106 F l’are, mais trouvant le prix exagéré demande à M. le Maire d’obtenir une diminution. Le 29 Janvier 1885, réunion extraordinaire du Conseil Municipal pour étudier les plans et devis de la nouvelle école.

« La dépense totale étant 19.600 F répartie comme suit:

Travaux de construction ………………..18.700 F

Acquisition du terrain………………………..700 F

Indemnité à l’Inspecteur primaire………..100 F

Achat de mobilier scolaire………………….100 F

Total…………………………………………..19.600 F

La commune dut faire un emprunt remboursable en 35 annuités. Cette école fut ouverte en 1887 et fut réservée aux garçons, l’ancienne école devenant école de filles.

En Février 1889, le Conseil Municipal délibère une dernière fois sur le traitement des instituteurs pour 1890. Il faut donc conclure qu’à partir de cette date les instituteurs furent payés par l’Etat. L’école des filles n’avait pas de préau, faute d’argent la construction en fut ajournée pendant 12 ans, et fut réalisée en 1907.

Dans le compte rendu d’une session de Mai 1909, on peut lire : « Le Conseil prie M. le Préfet de vouloir bien accorder à l’instituteur une subvention pour le cours d’adultes, afin de l’indemniser du temps qu’il a consacré à 11 jeunes gens qui y sont venus cet hiver.

La commune est pauvre et ne peut fournir que le chauffage et l’éclairage pour lesquels elle vote 25 F ». Cette demande a été réitérée pendant plusieurs années, la réponse du Préfet n’est pas rapportée dans le registre des délibérations.

Peu d’incidence de la guerre 1914-18 sur la vie de l’école. Si ce n’est : « Les enfants des écoles ont demandé au Conseil Municipal que la somme de cinquante francs destinée à l’achat de prix pour l’année 1915, soit reversée pour procurer un peu de bien- être à nos chers soldats. Le Conseil Municipal félicite les enfants de leur généreuse pensée… »

Autre conséquence de la guerre, baisse de l’effectif scolaire en 1924 et fermeture de l’école des filles le 1er Octobre 1925. Les 2 écoles fusionnent en une seule école mixte. Les habitants établissent une pétition pour demander « le maintien à la tête de cette école de M. Lemarchand, instituteur en service depuis 12 ans dans la commune ». Le logement devenu libre sera loué, et la classe de l’école des filles sera transformée en salle des fêtes.

Au cours des années 25-30, deux faits divers dramatiques sont restés gravés dans la mémoire des Anciens de la commune.

Au cours d’une récréation, l’instituteur s’en va dans son cellier. La récréation se prolonge de façon inhabituelle, la femme du maître d’école surprise demande à un élève d’aller voir ce que fait le maître. Le gamin entre dans le cellier et y trouve son instituteur pendu. Cris, hurlements, c’est la panique dans la cour, cela se comprend.

Quelques années plus tard, c’est le neveu de l’institutrice qui veut se suicider en se pendant à une branche du cerisier, il fut sauvé « in extremis ». Un témoin raconte, « pour mieux voir, les garçons montaient sur les bancs, les filles n’osaient pas bouger, elles avaient peur ».

L’arrivée des enfants « d’après guerre » augmente sensiblement les effectifs, d’après une délibération en date du 29 Août 1931, le Conseil Municipal « considérant que le nombre actuel des enfants fréquentant l’école communale est de 52, que la salle d’école n’est plus assez grande et que le nombre d’élèves est trop élevé pour une seule institutrice, sollicite la réouverture de l’ancienne école dite école des filles ».

Cette demande est réitérée l’année suivante et une institutrice est désignée en Mars 1932. A cette même date, le Conseil Municipal accepte un projet d’agrandissement du groupe scolaire, « un logement et une salle d’école faisant suite au bâtiment actuel situé sur la route de Caen, à Trouville ». Le faute de pouvoir acquérir le terrain, ce projet ne put être réalisé. Les années de guerre, l’école d’Hérouvillette les vécut comme tous les établissements d’enseignement. Peu de chauffage, les poêles brûlaient ou ne brûlaient pas du bois vert. Pendant les récréations, les garçons cassaient le bois pour fabriquer des bûchettes qui servaient à allumer le feu. Les fournitures scolaires étaient payantes, elles étaient vendues très parcimonieusement. Les élèves ne devaient laisser aucune place blanche dans les cahiers, on écrivait dans la marge, en haut et en bas des pages, sur les couvertures.

Tous les mois, les parents versaient quelques centimes pour payer l’encre et la craie. Deux fois par semaine, les élèves assuraient le balayage des classes. Assurer ce service était une fête.

Les bâtiments scolaires eurent à souffrir du Débarquement : plus de fenêtres, de toitures, l’école des filles avait reçu un obus et un pan de mur était abattu. Les classes fermées depuis fin Mai 1944, ne devaient reprendre à mi-temps dans l’école de garçons qu’à la fin du mois de Janvier 45, après des réparations provisoires. La classe des filles était prête à la rentrée 45. La réfection définitive des bâtiments scolaires eu lieu en 1949.

A cette époque, les enfants de Ste Honorine descendaient à pied à Hérouvillette (rares étaient les voitures), avec leur gamelle contenant leur repas du midi qu’ils mangeaient chez des habitants de la commune. La circulation devenant plus intense, les enfants pendant plusieurs années descendirent en voiture. Pour pallier à tous ces inconvénients, une école fut construite à Ste Honorine et ouverte en Octobre 1956, pendant 3 ans elle fonctionna en classe unique, en 1959, le nombre d’enfants augmentant, nécessita une 2e classe qui sera fermée 9 ans plus tard. Seuls « les petits » resteront à Ste Honorine, les grands descendront dans le « camping car » de l’instituteur, aménagé en mini-car pour la circonstance.

En 1965, une 3e classe est ouverte à Hérouvillette, elle fonctionnera dans un local exigu, la salle à manger du logement de l’école des filles. L’année suivante, implantation de deux classes mobiles à Hérouvillette. Dès 1960, « le Maire estime qu’il serait très opportun de solliciter de M. le Préfet du Calvados, la création d’un groupe scolaire de 3 classes avec 2 logements d’instituteurs et un terrain d’évolution scolaire. A l’unanimité le Conseil émet un avis favorable ».

Le terrain est acquis en 1962. Le groupe scolaire actuel a été mis en service en Septembre 68. L’école d’Hérouvillette compte alors 4 classes : 3 au groupe scolaire, la section enfantine et le cours préparatoire restant à la petite école. Depuis 1968, l’école a subi plusieurs fermetures puis réouvertures de classe, l’effectif scolaire étant fonction de la construction de nouveaux lotissements et du départ en 6e des élèves : 3 classes en 1973, 2 en 1979, 3 en 1982 (avec la création d’une classe maternelle), 4 en 1984, peut-être 5 en 1986 avec la création d’une 2e classe maternelle. L’école de Ste Honorine fut définitivement fermée en 1977, le nombre d’élèves inscrits était inférieur à 10.

Que de chemin parcouru depuis 150 ans ! Les enfants bénéficient aujourd’hui de locaux spacieux, dans un cadre agréable et calme, ils ont à leur disposition du matériel moderne. Souhaitons donc longue vie à l’école d’Hérouvillette.

Récréation à l’école primaire

Ecole primaire - "La récré à 360°"

Vivez l’ambiance de la récréation au coeur de la cour de l’école primaire. Panoramique à 360° réalisé le 26 juin 2010 par Créaplanet.fr

 

En classe avec les élèves de l’école primaire

En classe de primaire - 360°

 

Vivez l’ambiance d’une classe de l’école primaire d’hérouvillette. Panoramique à 360° réalisé le 26 juin 2010 par Créaplanet.fr
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